Résidences Services Seniors / La prochaine grande classe d'actifs du résidentiel géré.
Maj
TwentyTwo Real Estate et Azora viennent de lancer Premior Résidence, une plate-forme d'investissement entièrement dédiée aux résidences services seniors (RSS).
À l'occasion d'une table-ronde organisée aux Jardins d'Arcadie de Vincennes, les deux investisseurs ont exposé leur conviction : les RSS s'apprêtent à devenir la prochaine grande classe d'actifs du résidentiel géré.
C'est dans la résidence Jardins d'Arcadie de Vincennes, tout juste intégrée à leur portefeuille, que TwentyTwo Real Estate et Azora ont choisi d'annoncer le lancement de Premior Résidence. La plate-forme démarre avec 16 résidences et 1 900 logements, rachetés à Emeis (ex-Orpea) pour 159 M€ fin 2025, dont sept en exploitation et neuf en cours de construction ou de livraison.
La gestion de l'ensemble a été confiée au Groupe Les Jardins d'Arcadie (groupe Acapace), dans le cadre d'un contrat de gestion de type hôtelier prévoyant à terme plus d'une centaine de collaborateurs.
Pour Daniel Rigny, fondateur et CEO de TwentyTwo Real Estate, le positionnement sur l'hébergement géré procède d'une conviction sur les usages : les actifs résidentiels concentrent plusieurs fonctions (habitat, e-commerce, loisirs, télétravail) là où les bureaux n'en proposent qu'une.
La thèse intègre aussi un argument macroéconomique : dans un environnement de taux structurellement plus élevés, la création de valeur ne peut plus reposer sur l'effet de levier financier. Elle doit venir de la performance opérationnelle, ce que permettent précisément les actifs à composante servicielle, dont la tarification peut être révisée plus fréquemment qu'en résidentiel classique.
Carlos Araoz, Partner chez Azora, partage cette analyse à travers la grille du taux d'effort : un bail triple net signé à 50 % de taux d'effort en année 1 ne représente souvent plus que 30 % quinze ans après, quand l'exploitant a capté l'intégralité de la hausse opérationnelle. « L'immobilier laisse de l'argent sur la table », résume-t-il.
Le marché des RSS de deuxième génération (modèle locatif institutionnel) a doublé en moins de dix ans, passant de 600 à plus de 1 100 résidences. Il a toutefois traversé trois crises successives : le Covid, la contagion de l'affaire Orpea (les RSS assimilées à tort aux Ehpad) et l'hyperinflation, qui a cisaillé les comptes d'exploitation entre hausse des charges salariales et blocage réglementaire de la revalorisation des loyers à +3,5 %.
Autre facteur souligné par François Georges (Groupe Acapace) : la génération actuellement en âge d'entrer en RSS est peu nombreuse, née pendant la guerre. La vraie vague démographique, issue du baby-boom, n'arrive qu'à partir de 2030.
Le potentiel de rattrapage est important : aux États-Unis, il existe un lit de RSS pour un lit d'Ehpad. En Europe, ce ratio tombe à 1/10, et en France à 1/8. Une convergence vers seulement 5 à 6 % de taux de pénétration chez les 28 millions d'Européens de plus de 80 ans représenterait plus d'un million d'unités à construire.
Contrairement à l'Ehpad, qui accueille des personnes âgées en perte d'autonomie nécessitant un accompagnement médicalisé, la résidence services seniors (RSS) s'adresse à des retraités encore autonomes (GIR 5 et 6), en quête d'un cadre de vie sécurisé et de services à la carte : restauration, animations, conciergerie, aide à la personne à la demande, sécurité 24h/24.
On distingue deux générations de RSS :
C'est précisément ce segment de deuxième génération qui a doublé en moins de dix ans, et sur lequel se positionne Premior Résidence.
Au-delà de sa taille, l'opération Emeis/TwentyTwo-Azora marque une inflexion structurelle. En acquérant à la fois les murs et le fonds de commerce, avant de confier l'exploitation aux Jardins d'Arcadie via un management contract, les investisseurs parient sur une convergence avec le modèle hôtelier : « Dans l'hôtellerie, on est passé en 20 ans d'un modèle majoritairement locatif à un modèle de management contracts. C'est la même évolution qui arrive sur la RSS », affirme Daniel Rigny.
Cette dynamique est déjà à l'œuvre sur la résidence étudiante, où plus de 90 % des opérations se réalisent sous schéma Opco/Propco depuis 2022, selon Adrien Prigent (CBRE France). Sur la RSS, cette bascule devrait s'imposer par la force des choses, notamment via des négociations entre bailleurs et exploitants pour faire évoluer des baux commerciaux classiques vers des mandats de gestion.
Sur le plan opérationnel, le schéma Opco-Propco fait tomber le point mort d'une RSS à 50 %, contre 80 % dans le cadre d'un bail classique — un argument clé pour la viabilité économique du modèle.
Dans un bail commercial classique (le montage le plus répandu en LMNP), le propriétaire perçoit un loyer fixe ou faiblement indexé, quelle que soit la performance de l'exploitant. C'est simple et prévisible, mais l'investisseur ne profite pas de la hausse des revenus générés par la résidence au fil des années.
Dans un schéma Opco/Propco, la structure immobilière (Propco) perçoit une rémunération davantage liée à la performance de l'exploitation (Opco), via un contrat de gestion de type hôtelier. Le rendement peut être plus élevé sur la durée, mais il est aussi plus dépendant du taux d'occupation et de la qualité de gestion de l'exploitant — d'où l'importance du choix du gestionnaire, ici Les Jardins d'Arcadie.
La gestion des 16 résidences rachetées à Emeis a été confiée au Groupe Les Jardins d'Arcadie, filiale du groupe Acapace présidé par François Georges. L'opérateur, déjà bien implanté sur le segment des résidences seniors haut de gamme, va ainsi plus que doubler son parc géré, avec à la clé le recrutement de plus d'une centaine de collaborateurs supplémentaires.
Ce choix illustre une tendance de fond du secteur : la séparation croissante entre le propriétaire des murs (foncière ou fonds d'investissement) et l'exploitant, spécialiste des services à la personne et de l'hôtellerie senior. Pour l'investisseur particulier, cela signifie que la solidité et la réputation du gestionnaire deviennent un critère au moins aussi important que l'emplacement du bien.
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Sur la valorisation, Daniel Rigny avance des arguments solides en faveur des RSS. Un immeuble résidentiel classique en région parisienne offre un rendement net de l'ordre de 3 %, une résidence étudiante à Vincennes plutôt 4 à 4,5 %. La RSS, une fois stabilisée, devrait se situer dans une fourchette voisine, avec potentiellement une légère prime liée au levier opérationnel.
L'écart d'investissement actuel mesure l'ampleur du potentiel : 1,5 Md€ ont été investis sur la résidence étudiante en 2025, contre à peine 200 M€ sur le segment senior, selon Adrien Prigent.
À Vincennes, le pari opérationnel est déjà engagé : la résidence ouvre à 60 % de taux d'occupation, avec un objectif de 95 % dans un an.
Si Premior Résidence est une plate-forme institutionnelle réservée à des investisseurs de grande taille, la dynamique qu'elle illustre profite aussi à l'investisseur particulier, qui peut se positionner sur ce marché via l'achat en direct d'un lot dans une résidence services seniors neuve ou d'occasion, sous le statut LMNP (Loueur en Meublé Non Professionnel).
Les grands principes restent les mêmes que pour un investissement en Ehpad : le bien est loué meublé à un exploitant dans le cadre d'un bail commercial, qui reverse un loyer généralement indexé et garanti contractuellement pendant toute sa durée. L'essor annoncé du secteur, porté par la démographie et par la structuration croissante des acteurs (Emeis, Domusvi, Les Jardins d'Arcadie, Réside Études...), constitue un argument supplémentaire pour sécuriser un investissement sur ce segment avant que la demande n'explose à partir de 2030.
La résidence services seniors s'adresse à des personnes âgées autonomes, qui recherchent un logement adapté avec des services à la carte. L'Ehpad, lui, accueille des résidents en perte d'autonomie (GIR 1 à 4) nécessitant une prise en charge médicalisée. Les deux marchés répondent donc à des besoins différents, mais complémentaires sur le parcours résidentiel du senior.
Parce que le taux d'équipement en RSS reste très inférieur à celui observé aux États-Unis (1 lit de RSS pour 1 lit d'Ehpad, contre 1 pour 8 en France) et parce que les montants investis chaque année sur le segment senior (200 M€ en 2025) restent très en retrait par rapport à des classes d'actifs comparables comme la résidence étudiante (1,5 Md€).
Selon les intervenants de la table-ronde, le véritable choc démographique est attendu à partir de 2030, lorsque les générations nombreuses du baby-boom atteindront l'âge d'entrée en résidence services seniors.
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Avec le lancement de Premior Résidence, TwentyTwo Real Estate et Azora posent les jalons d'une classe d'actifs encore émergente en Europe, mais déjà solidement installée aux États-Unis. Le pari est clair : capter, en amont, la vague démographique qui arrivera à partir de 2030, sur un marché où l'offre reste très inférieure aux besoins futurs.
Pour un investisseur particulier, les résidences services seniors combinent un besoin structurel croissant et une évolution des montages (Opco/Propco) plus favorable à la performance opérationnelle. Un segment à suivre de près dans les prochaines années.
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Source : businessimmo.com
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